Poésie

La passerelle des ombres

 

Sur le petit pont de fer enjôleur,

Les quidams se perdent dans leurs peines.

Étourdit d’un soupçon de mauvaise liqueur,

J’entame une accélération vaine.

 

La passerelle et ses étranges passants,

A la nuit tombés, ils se font rares.

Dealers et insomniaques de part en part,

Plus quelques solitaires troublants.

 

Le ciel devient rouge,

Intimide les eaux troubles…

En Outremeuse c’est le déclin,

Du coté ville c’est les putains…

 

Les pas des passants

Passent sur la passerelle

Tel un passe-temps.

Poésie en prose

L’overdose

Seul dans un coin il tremble mais pas de froid, sa peau devient blanche

Les yeux se retournent dans ses orbites crasseuses

Sa fiente commence à sentir tandis que la vie s’en va de ce corps infecté

Par la misère, humaine et immonde…

Celle qui laisse l’enfer à ceux qui n’ont pas pu

De l’or brun empoisonné dans les veines

Une peste moderne qu’on ne fuit plus, mais qui nous court après

La faucheuse il a payé pour la voir

L’âme entièrement exploitée…

Son sang hume le bubon et l’extase est maintenant loin,

Les ténèbres l’ont trouvé au fond du bourbon

Et dans un sanglot il gît au cœur du temps

Fatalité d’ un liquide opiacé

Ses tremblements étreignent l’atmosphère

Il se retrouve seul…déstructuré

L’amertume devient brume cobalt

Une robe brune enrobe ses sentiments…

Son souffle s’enfuit et ses veines deviennent noires

Il se transforme en une macabre statue de chair

Au milieu de cette nécropole abjecte

Ses viscères en sacrifice pour une éternité anonyme

Pour toujours dans ce cimetière qu’ils appellent système

A jamais dans une rancœur qu’ils appellent faiblesse

Une overdose de plus au paradis…

Poésie

Isolement décadent

 

Éclipsé dans des draps humides

Respirant un matelas dégueulasse

L’alcool et la kefta agressent mon bide

L’anesthésie n’est plus efficace

 

Entre sommeil et tracas

Mes os se réveillent avec fracas

Les sons deviennent plus clairs

Les sentiments eux persévèrent

 

D’inutiles complaintes jaillissent du papier peint

Soudain J’entends un chien hurler

Mes toilettes de crasse sont immaculées

Dans un cendrier pâle gisent quelques fins de joints

 

J’éclipse les ressentis avec un écran superficiel

Plus jamais je ne regarde le ciel

A l’aube de mes prochains châtiments

Je contemple mon isolement décadent

 

Purifier l’immonde

Ou

Gangrener l’innocence.

poésie

Nostalgique automne

 

D’un pas décidé,

Avançant dans ces feuilles décédées,

Meurtri mais pas fini.

 

Souvenirs dilués au retour du vent,

Égaré dans une saison morne.

Les chiens aboient et les vieux grognent,

 

Sentant leurs articulations s’humidifier.

Au gré d’une existence démystifiée.

Souillant leurs cerveaux crevés.

D’absurdes sentiments volent.

 

C’est dans ce nostalgique automne,

Que les irrationnels sortent de leurs bulles,

dans ce climat de pouvoir en mandibules.

Ils sont perdus ils sont finis.

 

Les feuilles meurent dans un pourpre destin.

Un geyser de couleur éclate notre iris.

On pense au rien en buvant un peu de vin.

 

Je ne sais plus rêver quand la nostalgie me prend,

Les autres deviennent des spectres d’hybris.

Quand l’automne revient s’en vont les gens, irrémédiablement.

Poésie

Le toxicomane impoli

Il crie son manque désagréable et irritable

Il prie à l’entrée des banques dévisage et envisage

La pitié ne marche plus alors il dévoile sa colère irrationnelle

Ses veines sont pourries par des rebuts d’excès intemporels

Il n’a plus de héros seulement une héroïne

Il crie et insulte le monde d’une volonté divine

Il ne dit pas merci, mais de simples grognements

Il est malpoli en plus d’être vexant

Il crache sur les trottoirs et bouscule les petites vielles

Il se prend des coquards et pique des bouteilles

Même les autres camés ne veulent pas rester avec

Mais il n’en a que faire de croiser tous ces mecs

Très tard tout seul il ira donc dormir

Un sarcophage de carton l’empêchera de pourrir

Et c’est à la rosée de son pittoresque lit

Que recommence la journée du toxicomane impoli

Poésie geek

Inter- Nation

 

Lancement de l’interface du programme

Chargement du jeu recherche des serveurs

La partie va commencer, en attente d’autres joueurs

Préparez-vous à vous battre et à donner votre âme

 

Les glaives sont devenus claviers

Les épées transformées en souris

Les guerres se jouent en mode multi

Les convictions sont des écrans codés

 

L’illusion nous crache dessus

Dépendant d’images irréelles

Le réseau est maintenant éternel

La jeunesse combattant dans un monde perdu

 

A la fin de la partie il n’y a pas de trêve

L’imagination demeure sur une toile

Les particules disparaissent comme des étoiles

Quand la machine s’éteint il n’y a plus de rêve

Poésie

Balcons de béton

 

D’immenses tours de pierres

Dévisagées dans l’horizon

Déviées de leurs convictions

Déviance moderne de nos « pères »

 

Cages de ciment armé

Coulées dans l’esclavage occidental

Descendants de la folie féodale

Rappel d’une Babel aux milles péchés

 

Et de leurs balcons de béton

Les gens se vident d’eux-mêmes

Frôlants des nuages ternes

Eclatants de distorsions

 

Dans ces harmonies détestables

J’aperçois un espoir artistique

Brisant le paysage fantômatique

La nature reprendra l’envisageable

 

Ils se prélassent

Sur leurs terrasses

Croyant à leur race

Qui n’est qu’une farce

 

Se sentant invincible

Pour ne pas être invisible

C’est imperceptible

Comme ils sont risibles

 

On se prend pour des dieux

Dans nos structures modernes

Jusqu’à ce qu’on soit vieux

On ment et on berne

 

Et on se reproduit

Pour que de nouveaux berceaux

Accaparent les nuits

De ce nouveau fléau

Critique littéraire

Moins que zéro

de

Bret Easton Ellis

(1985)

             J’avais envie de rendre hommage à ce livre du grand Bret Easton Ellis (« Les lois de l’attractions », « American Psycho ») car il me semble aujourd’hui un peu oublié malgré le renom de son auteur. Enfin, en tout cas on peut dire aisément qu’il s’agit du moins populaire et celui dont j’avais le moins entendu parler autour de moi, y compris par les fans de l’écrivain. Il faut dire aussi que « Les lois de l’attraction » et « American psycho » ont été des succès cinématographiques mondiaux. « Moins que zéro » à eu également droit à une adaptation en film (« neige sur Beverly Hill « ) mais elle fut plus nationale et moins médiatisée que ses homologues. De plus, le livre en lui-même à été vendu plus modestement et n’a pas évolué dans le temps de la même manière que les deux autres. En effet, ce premier roman de l’écrivain est peut-être plus une recherche, un essai, une première ébauche. Sans doute aussi que le thème de la jeunesse, bien que universel, ne peut se fondre aux codes actuels. Je ne dis pas que ce livre n’est pas connu dans le monde littéraire ou qu’il n’est pas d’actualité, mais simplement que ce dernier a sans doute été un peu effacé par la notoriété du reste de son œuvre. A mon sens, il s’agit donc d’une méconnaissance générationnelle. Le sujet à été maintes fois ré-exploité au fur et à mesure des décennies, pour les gens comme moi né à la fin des années 80, il était sans doute déjà trop tard, nous avons eu la Junk/trash littérature de notre époque.  Et pourtant je trouve que ce livre est le début de l’incroyable cycle de Bret Easton Ellis, et il est en fait important de le lire pour comprendre tout l’impact de son œuvre. Il contient une profondeur incroyable dans la compréhension de la société contemporaine. Quand à l’humain, comme dans tout « Ellis » qui se respecte, vous serez dérangé, et dans un questionnement constant sur la condition humaine des personnages qui vous ramèneront sans équivoque à vous-même sur votre propre nature.

Nous suivons donc Clay,  jeune et riche étudiant, à l’université de Camden dans le New Hampshire, qui retourne dans sa ville natale, Los Angeles, pour les vacances d’hiver. Archétype de la jeunesse Californienne, il passe son temps à aller à des soirées branchées ou coulent à flots alcool, drogues en tout genre et sexualité débridés sur un fond de « surf rock » typique des années 80.  Il se questionne également sur sa relation avec sa petite amie qui est devenue une sorte de mécanique superficielle sans âme ni amour. D’ailleurs, il se livre sans aucun remord à des aventures aussi bien avec des hommes qu’avec des femmes. Mais Clay se sent de plus en dépaysé et étranger à ce monde de débauche alimenté par la violence et le non-sens. La profondeur du récit réside dans le paradoxe de la froideur du personnage pourtant conscient du malaise qui l’entoure dans sa vie, comme impuissant face à la monotonie du chaos présent dans cette élite sociale. Il fait face à des situations extrêmes comme si il était un enfant en train de comprendre les fondements de la vie: son meilleur ami qui se prostitue pour assouvir sa dépendance à la drogue, des gamins en train de contempler un cadavre en décomposition avec hilarité, ou encore découvrir qu’une de ses connaissances détient une fille de douze ans comme esclave sexuelle chez lui, attachée nue à un lit et maintenue en état d’hébétude. Cette chute dans les bas-fonds des riches adolescents de Los Angeles est subtilement entrecoupé de flash back introspectifs sur les derniers jours passés avec sa grand-mère mourante, accompagné de sa petite amie, comme si le héros tentait désespérément de renouer avec ses sensations et ses sentiments dans cette morbide épopée. Ce contraste narratif nous permet un peu de souffler et de se rendre compte que malgré la froideur de Clay, il est toujours capable de ressentir et donc d’être humain.

Ce livre est donc une cynique vision d’une jeunesse californienne livrée à elle-même, où des parents démissionnaires et inconscients laissent leurs enfants à un monde de paraître et de débauche, sans cadre ni  limite. Bret Easton Ellis nous offre un héros spectateur qui ne peut, ou n’ose intervenir même dans les pires situations, tant il se trouve perdu au sein de cette faune toxique. Mais un des messages cachés de l’auteur est bel et bien que les riches aussi ont le droit de souffrir et que en dehors de l’argent ils vivent les mêmes problèmes que le reste du monde. Cette dystopie sans filtre ni concession dépeint aussi à la fois les fractures générationnelles de notre société mais aussi les dérives de l’éducation occidentale. Un chef-d’œuvre à lire à n’en pas douter.

poésie

 

Refoulé et aigri

 

 

 

Sectaire et arriéré

 

Il déteste les nègres

 

Il est laid et maigre

 

Éther et barbelé

 

 

Dans son hangar pourri

 

Il maudit les étrangers

 

Raciste de base borné

 

Sa haine est celle d’un nazi

 

 

Son chien s’appelle Adolphe

 

Il n’en a rien à faire

 

Des gens dans la misère

 

Il aime la guerre du golfe

 

 

Quand il voit des jeunes dans la rue

 

Il crie et les chasses

 

L’amour c’est de la chiasse

 

L’intolérance est sa vertu

 

 

Le frustré raciste et xénophobe

 

Ne sort pas de son trou

 

Il déteste même les roux

 

Refoulé et aigri, sa haine l’enrobe

 

 

(Fuentes)

poésie

Glander c’est l’avenir

 

J’aime me barricader chez moi

Regarder la télé pendant des heures

J’aime rester toute la matinée dans mes draps

Et oublier tous mes malheurs

 

J’aime rêver toute la journée

A poil couché à fumer de l’herbe

J’aime m’enliser dans le canapé

Enchaînant les épisodes de série têrbe

 

J’aime m’évader dans ma glandouille

Me lever tard, me coucher tard, me lever tôt

J’aime boire une bière la main aux couilles

Oublier les paroles, les gens et les maux de trop

 

Je dis que l’avenir appartient au gens qui se lèvent tard

Les moutons et les esclaves sont du matin

Travailler ce n’est pas mon truc je préfère l’art

Et dormir toute la journée c’est mon festin

Le pouvoir c’est le sexe

Le pouvoir c’est le sexe

 

Le string est visible

Les mateurs intangibles

Son cul est nuisible

Au groupe devenu risible

 

La salope s’époumone

Les mots sont ceux d’une conne

Elle baise et elle grogne

Elle croit être baronne

 

Le pouvoir c’est le sexe

Les putains sont les ex

Qui déblatèrent et vexent

Un environnement complexe

 

Des collants de satin

Elle a l’air d’une putain

La ville est son terrain

Elle aime être une catin

 

La pute démocratique

Sexy est sa tunique

On ne la paye pas en frique

Mais en boisson alcoolique

 

Pute et soumise

Poésie sans titre

 

J’arrive aux environs des avirons, mari de ma raison, amant de mes passions.

 

Mais quand les vallées se dissipent telles des disciples de buttes vallonnées,

 

Je me souviens de la pollution des mégapoles de mes pensées en convulsions,

 

Je me souviens des choses comme une autre vie m’écrasant dans l’osmose.

 

 

J’aime la mer troublée comme j’aime les collines magistrale, moitié marin moitié montagne.

 

 

 

 

 

Je vois l’horizon ver douillant des champs chantants à l’unisson.

 

Merci pour la mélodie de la rosée ou le crépuscule des brindilles.

 

J’oublie le toxique d’une lointaine citée brillante et antipathique.

 

J’oublie la femme, l’alcool et les drogues je rame, détruit mais sobre.

 

 

J’adore les arbres comme j’adore le macadam moitié citadin moitié campagne

 

(Fuentes)

Poésie hydroponique

Hydroponia

Vert que cette herbe fut connu d’une jeunesse perdue

Mère de cèdre confus et inconnu d’ivresse de vertu

D’une graine mystique et rare, éclos d’une étrange botanique

La non haine atypique se gare d’enclos étanches hypodermiques

Neurones évadés d’un bain éphémère en cosmique brouillard

Génome enclavé d’un fin magma d’une sphère comique hagard

Spirale transgénique d’élévation temporelle subjective et lascive

Pétales biologiques d’absolution éternelle en perceptive active

L’ennui abrutissant rentre dans une addiction systématique

Ennemi d’un temps entre naturelle plantation et hydroponique

Monotonie cannabique complice d’une économie fleurissante

Ergonomie mécanique caprice d’une écologie surpuissante

 

(Fuentes)

poésie

Les gardiens de la guerre

 

Bouclier Vaillant

Lance de plastique sanglante

De répliques cinglantes

Chevaliers des nouveaux temps

Bourreaux de tourments

Templiers d’obscurs testaments

A l’allure écailler d’un futur écrasant

Sans écart

Sans bavure

Un bazar

de raclures

La tête haute

Le visage uniforme

Les armes sautent

Les âmes se veulent difformes

Juge des péchés

Témoins d’absurdités

Gardiens du vice

Mais parfois son complice